Coup de matraque sur les doigts. Tiens, comme quand j’étais gosse, chacun a la Madeleine de Proust qu’il mérite. Christian Brissart
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Stéphane Georget

Annonce scotchée
 
Une annonce scotchée sur la vitrine d’un bar tabac épicerie et salon de coiffure dans les très bons jours ; une annonce à l’encre noire, caractères gras sur papier blanc et qui se résumait en deux lignes : « En plein cœur de la campagne Limousine, venez voir l’homme qui attend… ». Pas de lieu, pas d’horaire, seul un patron de bar toujours entre deux possibles, la poursuite du coude qui se lève ou l’arrêt immédiat, sa capacité à renseigner en dépendait. Curieux de cette annonce, j’allais donc vers cet homme qui laissait apparaître une sorte de dignité, de tenue qui ne tient pas et qui ne me laissa pas le temps d’émettre le moindre mot : « Vous, avec la tête que vous avez, c’est pour l’homme qui attend, alors c’est pas compliqué… » Et ainsi le patron m’expliqua avec l’aide d’une voix féminine venue de l’arrière boutique, la route à prendre et les horaires de visite : lieu-dit « le Prado » de 9h à 12h et de 14h à 17h, nocturne tous les samedis de 21h à 23h. Après, son coude se leva à nouveau, défiant l’arrêt immédiat, il en était fini de sa capacité à renseigner, j’avais de la chance. Je sortis de la boutique accompagné du regard jovial de deux consommateurs qui semblaient appartenir au mobilier du lieu.
Il était 10h 30, j’avais donc le temps de me rendre au « Prado », je suivis les indications et, très vite, à la sortie du village, j’aperçus les premiers panneaux. Toute une signalétique avait été mise en place, on pouvait y lire « L’homme qui attend », avec une flèche pour le sens à suivre, je me mis donc en route, suivant chaque panneau qui me conduisait sur une petite route d’une campagne de plus en plus profonde. Les kilomètres passèrent et cette route n’en finissait pas, parfois elle n’était plus que chemin, qui reprenait bitume quelques distances plus loin, je commençais à douter de cette annonce. Quelle curiosité m’avait poussé ainsi à la recherche de cet homme qui attend ? Enfin, j’étais trop engagé, je continuai donc. Il était à présent 11h45 quand bizarrement la route et la signalétique de l’homme qui attend semblèrent me ramener au village, oui c’était cela, je revenais au village sur la place même où se tenait le bar épicerie. Mon regard fut alors attiré par l’enseigne à laquelle je n’avais pas prêté attention, on pouvait lire « Le Prado Bar Epicerie Coiffeur ». Stupéfait je rentrai dans le bar, le patron était là, dans une immobilité vacillante :
« Eh oui, l’homme qui attend, c’est moi… Qu’est ce que je vous sers ? Dépêchez-vous, je ferme à midi… »
 
Stéphane Georget

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