Si le ridicule ne tue pas, enterrez-moi vivant. Pascal Forbes
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Richard Palachak

Fragments de Nuit, inutiles et mal écrits : 34-35-36

Tuesday 13 February 2018, by Blackout

Photo de Simon Woolf

Pour le livre de Richard Palachak, "Kalache", c’est par ici : KALACHE

Fragments de Nuit, inutiles et mal écrits : 34

 
En cuisine, une sylphide balkanique préparait la domaca kava en suivant à la lettre le rituel magique de ce caoua très particulier. La vision me captiva quelques instants. La fille tenait de la main gauche une casserole en inox qu’elle amenait patiemment à ébullition, la main droite manœuvrant délicatement le bouton manette de la gazinière. Juste avant que le liquide ne déborde, elle le retirait du feu et le laissait doucement redescendre, puis elle recommençait l’opération à plusieurs reprises, avec toute la délicatesse et la poésie qui manquent à nos machines à capsules sépulcrales.
 

Fragments de Nuit, inutiles et mal écrits : 35

 
C’est comme l’histoire de la pleine lune qui revient tous les mois : c’est pas ce que tu vois qui compte, c’est ce que tu ressens... ce que ça incarne pour toi sur l’instant, ce que tu investis dans tes visions. Tout ce que tu crois percevoir en dehors de toi est en toi, de toi et pour toi. Quel que soit le paysage environnant, tu voyages toujours dans ta conscience, qui peut t’égarer dans des contrées étranges de l’âme, des étendues à la fois dérangeantes et fascinantes. Des interfaces, des lieux de passage, des portes ouvertes sur le monde des invisibles. Des « forêts de symboles » comme disait je ne sais plus quel autre crétin.
 

Fragments de Nuit, inutiles et mal écrits : 36

 
– J’ai pris ça comme une faveur du roi, surexcité à l’idée de jouer mon rôle de super clébard. Mais la meuf n’a débarqué qu’à une heure du mat’, revêtue d’un manteau gris à capuche et d’une épaisse écharpe sombre qui lui recouvrait la moitié du visage, ni vue ni connue. Y’avait pas grand monde de toute manière... Elle a échangé quelques mots avec le patron et la voilà partie dans la réserve, une pièce privée truffée d’alcool située juste en face des vestiaires.
– J’y suis jamais allé. Je connaissais même pas son existence.
– C’est là que le patron trafique les boutanches avec du tord-boyau de chez Métro.
– Tu déconnes ?
– À ton avis, pourquoi est-ce que les bouteilles sont ouvertes à l’avance ? Pourquoi est-ce que la vodka congèle au frizzer ? Et pourquoi est-ce qu’une mufflée te crame l’estomac durant trois jours ?
– Honnêtement je m’en bats les rouleaux, je bois pas. Reprends l’histoire de la strip-teaseuse.
– Eh ben je me suis posté debout dans un coin de la pièce, en position classique du videur statique, jambes écartées et mains jointes devant les balots. La fille s’est désapée à la vitesse de l’éclair, sa rose des vents tendue, farfouillant dans une mallette à la recherche des différentes pièces de son costume de scène. Mes yeux ne décollaient plus de sa lune, ouverte à tous mes fantasmes de vaurien dépravé.
– Sûr qu’avec ton Cialis, tu devais pas te sentir à l’aise.
– Je te le fais pas dire... Je suais à grosses gouttes.
– Et après ?
– La nana s’est relevée pour enfiler un string ficelle rouge, une mini-jupe plissée bleu marine surmontée d’une ceinture en simili cuir, une chemisette azur à écussons nouée au-dessus de son nombril, et une casquette de condé ricain. Enfin j’allais oublier l’essentiel, l’accessoire suggestif par excellence : un faux tonfa en polystyrène qu’elle s’est mise à lubrifier avec de la vaseline. Elle a terminé sa prépa en s’étalant de l’huile de massage sur le corps, jusqu’à obtenir la brillance et le goût sucré d’un beignet de carnaval.
 

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