L’art contemporain se définit facilement, c’est celui que le non initié ne peut pas comprendre. Christian Brissart
Plus de citations...

Nouvelle Noire

On tourne

Thursday 4 November 2010, by Blackout

On tourne

 
Ce matin-là, était-ce hier ou le jour d’avant-hier, ma mémoire n’a pas retenu ce détail somme toute sans importance, aussi je me demande pourquoi j’en parle ! donc, ce jour-là, j’ai quitté la douceur de ma couette un peu brutalement. Je me suis assise sur ma couche complètement «déboussolée ». Je n’étais plus seule dans mon lit alors que j’étais persuadée y être entrée solitaire.
« Il » était là, grand, fort, moche ! terriblement moche ! et sombre ! « l’homme noir ». Ses yeux cruels me déshabillaient avec un plaisir intense, sous des sourcils épais qui faisaient comme une barre au milieu d’un front « d’homme des cavernes »… grrrrrr ! quel réveil ! d’ailleurs, j’ai cru que je dormais encore, étendue dans un cauchemar !
Que nenni ! Dès mes yeux de noisette ouverts, il m’a pris dans ses bras et m’a serrée si fort que ma respiration en a été coupée - bon ! je vous l’accorde, pas complètement mais quand même !
Sa respiration, à lui, n’avait rien d’agréable - plutôt nauséabonde ! haleine fétide… berck !
Il était tout de noir vêtu, répugnant, à la limite crasseux… D’une crasse « morale ». C’est simple, Il donnait l’impression d’être sorti tout droit de l’Enfer… un enfer de feux multiples, ardents, dévorants !
Bref ! c’est sûr, pour moi, Il incarnait le mal, la souffrance, la PEUR !
Dans l’immédiat, des frissons parcoururent mon corps,… je sentais quelque chose de familier en lui qui m’attirait et me repoussait en même temps. C’est alors qu’il me prit dans ses bras, des bras gigantesques, noueux comme ceps de vigne, des bras tels tentacules m’emprisonnant dans un plaisir glauque, associé à une panique vertigineuse qui, d’un moment à l’autre, allait me faire basculer dans ses ténèbres ! Son étreinte, brutalement attirante, plaqua alors mon pauvre corps contre le sien.
Il me renversa, tout de go, sur mon lit.
Une boule s’est alors formée, puis posée sur ma gorge - « Il » a ricané d’un rire démentiel… j’ai vu ses dents, longues, jaunies, pointues et sa langue ! oh ! sa langue !
Horreur. Une seconde boule est née de je ne sais où et s’est posée sur mon plexus solaire, sans visa ! sans passeport, sans autorisation de ma douane en déroute. Pourtant, j’ai voulu réagir, lutter mais « l’homme noir » me tenait prisonnière de son pouvoir. Un pouvoir magique, envoûtant contre lequel je ne pouvais lutter. Devant mes yeux exorbités, une pente si abrupte, un vertige si intense !
J’ai hurlé, pleuré, supplié : il riait, sardonique ! Avait-il mâché de cette herbe de Sardaigne, appelée sardonique, précisément parce qu’elle a ce pouvoir de provoquer des rires fous ?
Et il riait à gorge déployée, comme un vainqueur. C’est alors qu’il a parlé !
 
Je réentends sa voix rauque, râpeuse, grave, sortie du fin fond de son corps certainement…
« Ne crie pas Poupée, tu sais bien que tu ne m’échapperas pas ! J’ai mis en toi tant de ces « pensées-fantômes » qui te torturent méchamment, que tu ne peux faire autrement que de te blottir contre mon corps… je t’aime Petite Poupée, j’aime les soubresauts qui t’agitent, convulsifs et violents… J’aime tes suées, tes soupirs, tes gémissements, tes angoisses, tes sanglots… »
 
Quoi ? moi ? Poupée ? pour qui se prend-il cet espèce de doux-dingue ?
 
« Pourquoi fais-tu semblant de ne pas me reconnaître ? ce n’est pas la première fois que je vais te posséder ! t’asservir ! ah ! ah ! et tu aimes ça, blottie contre moi, tu te saoules de ces horreurs que je te transmets - ce qui plus est, tu en redemandes régulièrement.
N’apprécies-tu pas qu’à chaque fois, je change d’aspect ? c’est pour mieux te séduire dans un effet de surprise… mais regarde-moi bien et OSE me dire, en face, QUI je suis ? admets que c’est TOI qui m’appelle à chaque fois que tu te sens «en manque de moi » !
 
J’ai ouvert mes yeux et les ai roulés comme boules de billard tout autour de ce grand énergumène.
Mâchoires saillantes, à angle droit, front étroit, cheveux noirs plantés bas, peau vilaine, rêche, malodorante… voix moqueuse , provocante… oui ! pas d’erreur, c’était bien LUI !
 
« Tu es le CAFARD ! bête hideuse des bas fonds humides et je me demande ce que tu fais dans mon lit ! Tu es ce monstre qui viole mon émotionnel, bouscule mes certitudes… tu es ce doute qui me torture, me ronge et je te hais !
- Peut-être bien Poupée mais c’est TOI qui ouvre la porte par laquelle j’entre en toi et ce matin, je te trouve particulièrement attirante, ta peur m’excite… Je te VEUX !... tu sens bon la nuit… ton corps porte cette moiteur de la sous couette, viens t-en, là, entre mes bras ! »
 
C’est affreux ! je suis deux en mon pauvre corps fatigué :
« Celle qui aimerait se jeter dans les bras du monstre, broyer du noir, caresser mes angoisses, exciter mes peurs, flirter avec mes doutes ! ces doutes qui m’assaillent, me prennent en otage, voussent ma résistance, me réduisent à rien, rien… RIEN !
Amante exigeante et passionnée, me donner enfin, soumise jusque l’épuisement !
 
Puis l’autre… celle qui aimerait lutter, opposer, composer, résister, se battre !
Un sursaut : je me suis levée d’un bond crachant à la tête de l’horreur :
« NON ! tu ne m’auras pas espèce de grand c… ornichon !
- Nous verrons bien ! Je ne te quitterai pas du jour ! Je serai UN avec toi jusqu’à ce que tu cèdes ! »
 
Il m’a suivi dans la salle de bains, affaiblissant mon corps. Je savais que je finirais par me donner à Lui avec dégoût, mais, déjà, je ne pouvais plus lutter, toute « pseudo-résistance » usée jusqu’à la corde ! Ses attouchements me paralysaient... il prenait ma tête - y déposait des pensées noires, des angoisses - ma peau suait la peur, le mal-être.
« Tiens Poupée, prends ce bouquet, ce sont mes fleurs du mal, je te l’offre en gage de mon amour fou. »
Fleurs sombres, épines piquantes, et le mal était là, sournois, entrant par tous les pores de ma peau, reptilien !
Sur mes lèvres, son respir ralentissait le mien, devenu haletant.
Courageusement, affichant une assurance que je n’avais pas je me suis mise à mon travail mais Il était près de moi, penché sur mon épaule !
Je sentais sur mon corps ses mains que je repoussais en vain. Dans mon cou, mon décolleté, il posait
son haleine, ses baisers sales. Sa langue, énorme, se promenait avec un toupet monstre dans le creux de ma main allumant en moi le « sordide » et pourtant…
Face à la tentation de me laisser couler en lui, d’y trouver cet anéantissement dépressif, au baisser du soir, après avoir lutté toute la journée, j’ai réagi !
Il y avait là une bouteille de Saumur. Doucement, tendrement, elle me souriait, m’appelait :
« Prends-moi plutôt que te laisser prendre par ce sale individu - toi et moi, nous allons connaître l’ivresse… »
Je l’ai gardée dans ma main un bon quart d’heure avant de l’ouvrir - le Cafard, face à moi, suppliait à son tour : « Ne fais pas ça ! Je t’en prie ne fais pas ça, tu vas entrer en saoulerie…
- Peut-être mais tu ne me prendras pas ce soir !
- Je t’attends depuis ce matin moi !
- Tant pis pour toi ! »
 
Le premier verre entre mes deux mains unies, offrait son liquide où la lumière de la lampe se reflétait.
Il semblait sympathique - température ambiante - d’un trait je l’ai avalé ! waououou !
Ce fond de verre coloré par deux ou trois gouttes restantes me fascinait… Si je le faisais tourner entre mes doigts, les gouttes tournaient elles aussi en une valse gaie. Ce n’était plus des gouttes de Saumur, ces gouttes couleur du rubis, elles étaient épaisses, semblaient véhiculer comme un appel, une invitation morbide.
Le Cafard mordait ses doigts de l’autre coté du verre « Arrête ! Arrête Poupée ! »
Oh ! mais il m’enquiquine de m’appeler Poupée celui-là ! Serais-tu jaloux espèce de mochtingue ? mais que vois-je ? tu as peur à ton tour ? de quoi ? de ma rébellion ?
Tu ne sèmeras plus rien en moi ! Vois la robe de ce vin, cette chaleur qu’il verse dans mes veines, cette douceur, velours dans ma bouche… et toi, Petit Saumur, viens là, adorable charmeur, donne-moi encore, au fond du verre, l’illusion de mon indépendance, je veux rompre avec ce despote qui m’attache plus sûrement que chaînes, me ploie à ses exigences, à ses vices… rends-moi la lumière, la joie, rends-moi la VIE !
 
Le deuxième, avalé d’un trait aussi, fit naître de suggestives images et une force terrible en moi ! Je me sentais invulnérable pour affronter Messire Cafard, le provoquer ! Mon rire fusait, sûr de lui ! Une détermination entrait en moi... Je chantonnais : « Je t’aurais… Je t’aurais !! Ce n’est pas toi qui gagneras aujourd’hui… »
Dans le fond du verre, le velours du vin m’appelait « encore ! encore ! »
 
Le troisième verre m’entraîna en délires… Il y avait des oiseaux qui buvaient en même temps que moi, des fleurs gigantesques m’enlaçaient. Il y avait, aussi, des bêtes, petites, velues, noires tout plein. Elles essayaient de monter la paroi du verre mais celle-ci, glissante, renvoyait par le fond ces horribles bestioles qui, pattes en l’air barbotaient en vain, en vin !
 
Au quatrième verre, ce fut horrible, j’en ai avalé une, puis deux, trois ! Leurs pattes raclaient ma gorge, griffaient ma langue. Plus je toussais, plus irritée était ma bouche, plus j’éprouvais le besoin de boire ! Le Père Cafard se moquait ricanait !!
« Attends-moi Poupée ! Je te rejoins ! »
 
Allons, allons, dites-moi que j’ai halluciné, J’AI VU, de mes yeux VU, l’énorme cafard, ce « bourdon » terrible qui me poursuit de ses assiduités depuis le matin, je l’ai vu se pencher sur le goulot de la bouteille et entrer dedans !
 
Au cinquième verre, j’ai décidé d’aller le retrouver. J’ai approché un œil du goulot… il était bien là !
 
Allez, tant pis ! J’avale le sixième verre, me fais toute menue, me cramponne à la bouteille, m’accroche à l’étiquette au-dessus de laquelle fort heureusement, il y a l’écusson « SAUMUR ».
Mes mains cramponnent l’écusson… J’entends les clairons, je vois les jeunes de l’école de l’application de la cavalerie… Les « fourragères » sur les épaules crânent, fortes de leur réputation tandis que, dans la bouteille, des chevaux tournent sans cesse et voilà que le Cafard saute sur un cheval et caracole… fonçant sur ces jeunes cavaliers... Son cheval va les écraser, les piétiner…
 
« NON ! NON ! Pas ça !
- Tu es jalouse hein Poupée ? Tu aimerais être à ma place ? Allez ! descends ! je vais te prendre en croupe et nous partirons en Cafarderie, le pays où je suis né… Je te présenterai « la dépression », ma mère, le « stress » mon père, les angoisses mes sœurs…
- OUI ! je suis jalouse ! mais pas de toi, ne rêve pas et si tu veux savoir, je suis aussi possessive… J’ai le doute en moi… Il me ronge, me dévore… Je n’ai pas confiance en moi, je me trouve laide, inintéressante, sans consistance… mais toi tu es moche, horrible, méchant, mal aimé… Je te hais !»
 
Je me penche dangereusement sur le rebord du goulot et… et… je me laisse couler ! Aïe ! ma tête heurte le fond. J’en profite pour lécher d’une langue gourmande un peu de vin, je me relève… trempée. Mains posées sur les rebords, je tourne autour de la bouteille léchant ses parois jusqu’à ce que ma tête enregistre des images folles ! Les chevaux se sont transformés…
Je suis dans la famille Cafard. Il y a là une grande tablée où je suis assise ! des serviteurs en grande tenue, amènent des plats « de PEURS » - des rôtis d’ANGOISSES. Des pensées sordides coulent d’une
Fontaine où je me sers largement… Une fontaine remplissant une vasque, mer profonde aux vagues délirantes. Je suis ballottée en leurs crêtes, de gorgée en gorgée…
Le Cafard me semble une toute petite bête que je vais escrabouiller !
Soudain, un Tsunami imprévisible me projette hors de la bouteille au moment même où ma vengeance empoignait le Cafard.
« Ah ! non ! »
Tant pis ! affalée sur la table, je reprends le verre à la main, il faut que je vide cette bouteille ! Le fond semble se moquer : « tu n’es même pas « cap » de me finir ! »
Pas cap de le finir ? pour qui me prend-il ce fond plein de lie ?
De la lie dans du Saumur ? eh ! tu rigoles !
Ce truc noir, c’est le Cafard… le cafard qui se moque, me provoque :
« T’as vu Poupée ? J’ai soupiré et tu es partie ! Je suis plus fort que toi !
Gloup ! Je prends la bouteille, la vide dans le verre et « go », dans mon go…go…gosier !
Waaaa ! ça va te, ça va vous zé…zé…pater mais…mais…je veux retourner dans la bouteille que j’savais même pas qu’j’avais quittée et surtout pas com..com…comment !
A côté de moi, sur la table, le tire-bouchon, je le prends, le serre très fort dans ma main… j’ai besoin de courage… mais... pas possible d’avaler un huitième verre, la bouteille est vide… je me penche, le Saumur me pousse et… j’atterris sur la tête du Cafard ! Comme je peux et je ne peux pas grand-chose, je m’accroche à l’une de ses oreilles.
Il hurle, se croyant agressé : « Lâche-moi l Mais lâche-moi ! Tu me fais mal ! ».
Je comprends que les rôles sont inversés !
Je mords son oreille tout en tirant ses cheveux gras et raides.
 
Un hurlement ! Je regarde… Je vois ! DU SANG ! du sang coule de son oreille !
« Ouye ! ouye ! laisse-moi ! c’est mon sang qui fait ma force ! »
Dans ma main crispée, le tire-bouchon ! mais oui ! c’est lui qui a blessé le Cafard… mais alors…?
Je me laisse glisser le long du col de sa chemise… je vise ! je lève le tire-bouchon et je frappe, je frappe, sans discontinuer Monsieur le Président !!!
Le sang coulait de partout charriant avec lui les tortures que ce Cafard du diable m’avait infligées.
C’était de la légitime défense ! il râlait, à moitié mort, que je frappais encore et encore. Des 32 plaies causées par mes coups, coulait le sang… et plus le sang impur giclait, plus je riais, c’est vrai Monsieur le Président… Je riais ! Comprenez-moi, il était mon ennemi. Depuis des décennies, il me tenait en esclavage.
Avec délices, je voyais ce liquide éclabousser les parois de la bouteille qui, petit à petit, se remplissait. Lorsque la bouteille fut pleine, je me suis trouvée dehors, sur la table, le verre à la main mais le sang continuait de couler… c’est à ce moment qu’une voix a crié :
« Amenez donc une serpillère ! Vous voyez bien qu’elle a… »
Mes pensées étaient confuses… Une serpillère ? Pour faire quoi ? Essuyer mon Saumur ? Ah ! non...
pas ça !
Une main inconnue a ramassé la bouteille et l’a jetée. J’ai entendu la même voix dire :
« On n’a pas idée de se mettre dans des états pareils… »
La bouteille a heurté l’écran de télévision… est entré directement dans Thalassa !
Monsieur le Président ! plus de cafard… plus de vin, plus de sang… juste une mer si bleue, un soleil si chaud, des gosses si merveilleux. Ils jouaient à NCIS.
« Eh ! Adama ! t’as vu ? Il y a une bouteille à la mer !
- Y-a-t-il un message à l’intérieur ?
- Non ! Il y a juste un drôle de truc tout noir !
- Remplis la bouteille d’eau Himidi, le truc sortira ! »
 
Le truc, Monsieur le Président ! C’était le cafard ! Il n’était même pas mort… Vous ne pouvez me condamner ! D’abord, ce n’est pas moi qui l’ai tué, c’est le tire-bouchon - ensuite « y » m’em…bêtait depuis longtemps et puis la serpillère l’a épongé, c’est pour ça qu’il est pas mort parce qu’A….qu’A…
« Caca quoi accusée ?
- qu’A…da…ma l’a sauvé en lui injectant de l’eau… eau de..de…mer ! Je sais que mon histoire ne tient pas debout, pas plus que moi d’ailleurs... mais c’est la vérité pas vraie !
- Vite, une ambulance, emmenez-moi ces deux énergumènes à l’hosto !
- Pas lui Monsieur le Président ! Il reviendra encore me faire mal ! »
 
Tiens, une rivière… la bouteille tombe… ça pue ici ! LE Tribunal a disparu, je suis seule, seule dans cette bouteille qui vient de s’écrouer dans un égout, moi qui me croyais à….à…ailleurs !
Un bruit de frein… « Eh ! ramasse ! t’as oublié une bouteille vide dans le ruisseau ! »
Le ruisseau ? qui sont ces gens ? ah ! les éboueux ! mais je ne veux pas être embarquée comme ça moi. Il ne m’ont donc pas vue dans la bouteille ?
Ma langue est pâteuse, je n’arrive pas à les appeler. Ils attrapent la bouteille, la balance sans autre forme de procès dans un container « verre de récupération » - à coté de moi un bocal de cornichons, un pot de moutarde… mais le cornichon, c’est moi et je suis dans la….m…outarde !
Non ! la fin ne me plait pas… je suis allongée au fond de la bouteille, d’accord... et après ?
 
Après ? j’ouvre un œil… je suis affalée sur la table devant une bouteille vide, complètement désemparée… le verre encore à la main… je relève le buste... j’entends un ricanement…
Vautré sur mon canapé, le Cafard est là, encore plus sombre, plus terrible, plus menaçant !
 
Au-secours ! à moi ! y-a-t-il une seconde bouteille ici ?
 
FIN
 
Black-out, tous droits réservés.

© Black-out

SPIP | | Site Map | Contactez-nous | Follow-up of the site's activity RSS 2.0
Conditions générales de vente | Black-out, tous droits réservés

logo region Limousin            logo crl