Ève avait un nom à coucher dedans. Christian Brissart
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elaine de liancourt - poésie

Papillon de nuit

Friday 11 March 2011, by Blackout

PAPILLONS de NUIT
 
La salle est pleine à craquer,
Sur la scène, juste un noir petit paquet
Recroquevillé, perdu, paumé !
Vous savez quoi ? C’est moi !
Je me déteste d’étaler là ma souffrance,
Je me déteste d’exprimer ainsi ma délirance…
Cette dépression qui serpente
Les sentiers noirs de mon inconscient.
Reptiles, monstres fantomatiques…
Tout y est brûlé, ratatiné, squelettique.
Mon bonheur d’hier,
Cette espèce d’auto-satisfaction,
Mes désirs, mes projets, mes prières,
Naufragés de l’Illusion.
Et ce projecteur qui enveloppe ma silhouette,
Dans son halo, je tremble, inquiète !
Il sculpte mes noires pensées, miroir
De mon intellect déboussolé !
Au-secours ! non ! pas ça !
Oh regardez ! regardez-moi !
Allons riez ! j’ai perdu mon « moi »
Qui suis-je aujourd’hui ?
En ce désert brûlant d’hiers ?
Amoncellement de souvenirs…
Détritus enfouis sous la poussière !
Et voilà que je tombe à genoux
Sur cette scène imaginaire
Gueulant tous mes remous,
Pleurant toutes mes galères !
Mais écoutez-moi bon sang !
Vous ne comprenez pas ?
J’arrache mes tripes en ce moment
Et savez-vous ?
J’ai si mal dans ce déchirement !
J’ai besoin de vous !
Entendez mon cri, ce rugissement !
Je veux étrangler ma nuit,
Revoir le jour, mes rêves, mes envies…
 
Perdue dans le labyrinthe
De mes angoisses,
Mes peurs me tracassent !
La pluie torrentielle de mes doutes,
Noie ma personnalité en déroute,
Frappe les vitres de mes incertitudes.
Et vous restez là ?
J’menfoutistes ? indifférents ?
Avez-vous donc l’habitude
De voir souffrir ? sans engagement ?
Ne pas intervenir ? courageusement ?
Mais quoi ! qu’est-ce que j’imagine ?
Qu’un doigt peut bouger ?
Qu’unanimes
Les mains vont se tendre, ramasser
Mon pauvre corps ?
Et quoi encore ?
C’est foutu !
Je suis allongée, là, abattue
Sur ce plancher d’amertume
Remâchant jusqu’à satiété
Des autres, les rancunes.
Le spectacle est terminé…
Pauvre de moi !
Allons, je t’en prie, me mis-je à crier,
Redresse-toi !
Un genou d’abord,
Sur lequel ma main s’est appuyée,
Rond galet assez fort
Pour soutenir mon « relevé ».
Mes reins, brisés par le trop
Se sont redressés aussitôt.
J’ai relevé mes épaules voussées
Par le poids de mes chagrins.
Déjà fortes, elles ont dressé,
L’équilibre de mes demains.
Mon regard a pris étincelles…
Il plonge dans cette salle incrédule
Sa complète métamorphose.
Quoi ? enfermée dans ces pousterles
Toute issue close ?
Claquemurée, épuisée, dominée ?
Dois-je rester ? je refuse ! je ne m’inclinerai !
Les projecteurs balaient la scène,
Indiscrets.
Sont-ce mes larmes, ces perles au sol ?
Penche-toi ! ramasse-les !
Ne laisse pas les regards
S’en emparer. Ils ricaneraient
De ta naïveté, ta crédulité.
Balaie ces épluchures,
N’en renifle pas la moisissure…
Elle te serait poison infligé.
Tu as donné sans recevoir
Autre chose que quolibets,
Aurais-tu cultivé l’espoir d’un retour ?
Un retour de l’Universel Amour ?
Tu me déçois !
Allons ! sors de tes aspirs désuets !
REGARDE !
La salle entière s’allume !
Je suis debout devant l’à venir
Un spot de lumière virgule
Mon visage, mes aspirs !
Les applaudissements crépitent…
Ai-je terminé mon show ?
Puis-je baisser le rideau ?
Tout s’éteint…
Ténèbres autour de moi,
Ne flotte qu’un léger parfum,
Et mes pensées éparses
Qui traînent encore
Leurs vieilles savates,
Usées jusqu’à la corde…
Une corde qui serre mes angoisses,
Etouffement final, fatal…
Avouez que c’est d’un banal !
 
Il n’y a pas de scène, pas de public,
Un mal de tête, un aspégic
Et ce besoin de me confier
A ce qu’il me reste,
Un bout de papier !
 
elaine dans la nuit du 27 Novembre 2010
3 heures après la mi-nuit

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