De quoi une chandelle peut-elle bien être fière ? Christian Brissart
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Un crime qui aurait ou être parfait

Un crime qui aurait pu être parfait / Chapitre II

Monday 6 December 2010, by Blackout

Laurence est devant son ordinateur. Ses doigts trottent : ses déductions noircissent l’écran. Chut ! poussez-vous, je veux lire la première !
 
JE LIS :
 
« Procédons étage par étage : le Père RAFLETOU était connu de tout l’immeuble ! Il venait régulièrement encaisser, conseiller, saisir, expulser… Il faisait partie de ces rapaces sans foi ni loi, sans sentimentalisme surtout : genre de charognard se nourrissant de la misère, de la détresse des pauvres gens ! Je sais bien qu’il y a, aussi, de bons huissiers, humains, prêts à arranger les choses, mais ce n’était pas le genre de RAFLETOU. D’ailleurs, il avait même le physique du rapace : front bas, nez crochu, mains recourbées en griffes, œil vif qui saisissait les objets avant même les serres… âpre au gain, avide, usurier… »
 
Au sixième : Ernest LAPLANCHE - chauffeur-livreur !
 
C’est un homme étrange, renfermé, austère. On ne sait pas trop d’où il vient ni qui il est ! Il ne fréquente quasiment personne dans l’immeuble sauf le petit garçon du 3ème. Celui-ci vient parfois jouer aux « dames » avec lui. Il y a entre eux, comme une complicité, une amitié peut-être même.
Je me souviens un soir, je rentrais chez moi. En passant devant la porte d’Ernest, j’ai vu Théo Lefort, en larmes. Il frappait de ses poings fermés, la porte, suppliant « ouvre ! ouvre je t’en prie Ernest ! »
La porte s’est entrouverte, un bras est venu tirer Théo, la porte s’est refermée.
J’ai bien collé mon oreille à la porte mais je n’entendais rien. Je suis montée dans ma chambre et je suis allée dans le cabinet de toilette. J’avais remarqué que par le tuyau d’évacuation, on pouvait entendre des bruits venant de l’étage en dessous. Je me suis mise à plat ventre et j’ai écouté…
J’ai entendu des pleurs, des gémissements, des plaintes, puis des chuchotements : « T’inquiète pas Petit, tout va s’arranger, compte sur moi, je t’aiderai ! » mais après, ils parlaient si bas que j’ai tout perdu ! De toute façon, j’ai presque tout dit à la gendarmerie - on verra bien qui de eux ou de nous, aura, le premier, la solution, hein mon cœur ? »
 
Laurence referme son ordi, l’enveloppe dans « ses couches » puis descend les escaliers doucement, s’arrête à chaque étage, renifle l’ambiance, scrute les portes, écoute le moindre bruit.
« J’ENQUETE » pense-t-elle !
La Police scientifique a investi le couloir menant aux box à vélos - un grand ruban jaune forme enceinte… en lettres noires « enquête criminelle ».
Laurence a adopté le mystère, il est sien !
Angoissée, elle avance, touche du bout de l’index l’inscription « enquête criminelle » - ses pensées s’évadent… c’est elle le Patron de la brigade d’investigation criminelle (B.I.C.) c’est elle qui interroge :
 
« Ernest MOUCHON, vous êtes bien chauffeur-livreur chez GROSSISTE ?
- Oui !
- Connaissiez-vous la victime ?
- Non, Monsieur le Commissaire…
- Que faisiez-vous, le jour du crime, à 5 heures du matin ?
- Je dormais !
- Seul ? Avez-vous des témoins ?
- Je n’ai pas de témoin ! mais je ne vois pas pourquoi j’aurais tué ce pauvre Rafletou que je ne connaissais même pas… ne me dites pas que vous me soupçonnez ?
- Je soupçonne tout le monde, c’est mon métier… mais je vous trouve bien nerveux mon vieux ! Donnez-moi votre main ! vous avez mal dormi la nuit du crime… le petit Théo Lefort était resté très tard chez vous, vous êtes descendus dans les box ensemble, POURQUOI ?
- Mais… mais… comment le savez-vous ? qui vous l’a dit ? ».
 
Laurence est dans la peau du « mentalist » - elle sait, devine, suppute, déduit ! et puis, il faut dire qu’elle connaît la vie de chaque locataire. N’est-elle pas amie avec la concierge Madeleine ? Devant des tasses de café décaféiné, elles bavardent des heures entières.
 
Le Commissaire Tigris, ganté, se penche… ramasse un objet… le tend à Laurence :
« Exploitez-moi ça, vite ! »
Laurence, maintenant scientifique, prend l’objet, le pose sur une selle de bicyclette, le saupoudre d’un peu de poussière ramassée au sol, tire de sa poche un flacon d’eau de javel, en verse quelques gouttes sur l’objet, allume une cigarette à la flamme vacillante de son briquet, recouvre de cendres la selle, attend quelques secondes…
Le suspens est là… partout… caché dans les box, suspendu aux ampoules, accroché aux pneus des scooters, agrafé aux blousons des agents de la « Crim ».
Anxieux, le Commissaire retient sa respiration… attend… cherche le regard de Laurence :
« Alors ? demande-t-il à l’extrémité d’une attente insupportable.
- C’est un playmobil Commissaire ! il est un peu décoloré, cela signifie qu’il est ancien, il porte des morsures sur ses jambes donc l’enfant le met à la bouche, il a une tache suspecte sur la joue gauche...
- C’est du sang ?
- Non ! du chewing-gum ! »
 
« Madame Passepoil ! »
 
Laurence est brutalement remise en réalité par cet appel bref du Commissaire.
- Oui Commissaire !
- J’ai quelques questions à vous poser…
- Je vous écoute !
- Lors de notre premier interrogatoire, vous m’avez bien dit que vous connaissiez des tas de choses sur les habitants de cet immeuble ?
- C’est vrai !
- Eh ! bien je vous écoute - commençons par le locataire du 6ème. QUI est Ernest MOUCHON ?
- C’est Ernest Mouchon bien sûr, il est chauffeur-livreur mais je crois qu’il « se trempe » dans des eaux pas très claires !
- Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?
- Monsieur le Commissaire, je vous l’ai dit, je travaille mi-temps à la cartonnerie, mi-temps au supermarché TROCHERE et il se trouve qu’Ernest livre souvent ce supermarché…
- Vous avez vu des choses étranges ?
- Pire, Monsieur le Commissaire, j’ai ENTENDU !
- Ah ! quoi ? »
 
Dans la peau d’un témoin à charge maintenant - et de son propre gré ce qui plus est - Laurence, voix basse, mystérieuse… murmure dans le plus grand des secrets :
« Ça s’est passé un lundi matin, monsieur le Commissaire, je m’en souviens bien parce que le lundi je travaille dans les réserves… j’empilais des rouleaux de papier hygiénique lorsque je « les » ai vus et entendus !
- Qui ? soyez claire !
- J’ai vu Ernest venir livrer- il apportait 15 palettes de...
- J’men fous du contenu des palettes, après ?
- Je le voyais regarder partout… lorsque mon chef de rayon GRISARD est arrivé. Ernest lui a fait un signe, ils sont allés s’installer derrière des palettes de lessive « LAV’NET », ils ont discuté :
 
« Alors ? a demandé GRISARD, peux-tu en avoir et pour quand ?
- La semaine prochaine ! pas avant ! eh ! tu n’imagines quand même pas que des écrans plats de cette dimension tombent tous les jours du cul du camion ?
- Je sais… bon ! j’en voudrais deux : un pour moi et un pour ma petite amie, les plus grands bien sûr !
- OK
- Toujours à 200 Euros l’un ?
- Toujours !
- Pour la livraison, même chose ? dans la cave à vélos de ton immeuble à 5 h 30 du matin ?
- Oui ! disons dans huit jours aujourd’hui - lundi prochain donc - paiement en liquide bien sûr !
- Ça marche. »
 
- La semaine d’après Monsieur le Commissaire, j’ai voulu savoir… je suis descendue encore plus tôt que d’habitude - vous comprenez, je commence mon travail à 6 heures, je suis descendue à 5 h 15 et j’ai attendu cachée derrière les poubelles, juste à la sortie des box à vélos
- Et ?
- A 5 h 30, j’ai vu arriver GRISARD, mon chef de rayon - à peine 5 minutes après, Ernest, aidé par un Monsieur que je ne connaissais pas, descendait d’un Kangoo bleu. A pas feutrés, ils sont allés tous les 3 à l’arrière de la voiture… Grisard a pris les cartons aidé de l’inconnu… il a remis une enveloppe à Ernest. J’ai vu Ernest compter… puis Grisard et l’autre sont repartis, en même temps, l’un dans le Kangoo, l’autre dans son propre véhicule.
- Et Ernest ?
- Il est monté chez lui…
- C’est tout ?
- Non ! le surlendemain, le mercredi donc, je suis en congés tous les mardis, je déchargeais une palette de nouilles dans la réserve lorsque Ernest est arrivé… comme la dernière fois, il a regardé partout, puis il a rejoint Grisart, mon chef de rayon, derrière les palettes de croquettes à chiens. De nouveau, je me suis cachée et j’ai tout entendu… et je me suis rendu compte…
- De quoi ?
 
« Grisart, a dit Ernest, voilà pas mal de temps que l’on bosse ensemble pas vrai ? Une confiance s’est installée entre nous, là je suis sur un gros coup, veux-tu en être ?
- De quoi s’agit-il ?
- Pas d’électro ménager… pas de culs du camion… c’est bien plus grand… Il y a du fric à se faire surtout si tu es débrouillard…
- Je t’écoute !
- Un camion entier a été « perdu » entre le Pas-de-la-Case et Ax-les-Thermes - dedans 100.000 cartouches de cigarettes, de l’alcool genre RICHARD - MERNOT - etc. or, ce camion, mes « associés » et moi, nous l’avons trouvé ! La cargaison est à « vendre » mais je ne peux pas la prendre à moi tout seul… 20.000 Euros chacun et c’est à nous… tu vois un peu le bénéfice ?
- Je n’ai pas 20.000 Euros !
- Fais-moi un chèque, je le mettrai plus tard quand tu auras liquidé...
- Impossible… je n’ai pas de chéquier !
- Et ta petite amie ?
- Elle en a un mais je ne veux pas la mêler à notre magouille !
- Et ta mère ?
- Ah ! oui, peut-être ma mère… Elle est chez mon frère en Irlande pour 3 mois, elle m’a laissé ses clés pour arroser ses fleurs, et aussi 3 chèques de 100 Euros pour nourrir ses chats et … je peux sans doute ajouter des zéros sur deux chèques.
- OK ! porte-les-moi demain, comme d’habitude 5 h 30 dans les box à vélo de mon immeuble
- Ça marche ! »
 
- Et le lendemain ? est-il venu ?
- Ça Monsieur le Commissaire, je n’en sais rien ! je n’ai pas surveillé ! c’est qu’à chaque fois, ça m’fait arriver en retard à mon boulot ! Je vous l’ai dit, j’embauche à 6 heures, j’ai environ une heure de trajet… heureusement qu’une copine pointe pour moi sinon je perdrais des heures… Par contre, une quinzaine de jours après cette histoire, je m’apprêtais à descendre l’escalier, lorsque j’ai entendu frapper chez Ernest…
- Quelle heure était-il ?
- 5 heures 20 - je me suis blottie dans l’escalier et j’ai écouté :
 
« Qu’est-ce que tu viens foutre ici ? Je t’avais dit que je ne voulais pas qu’on se voit dans mon immeuble ? a reproché Ernest à Grisard.
- Ouais mais l’écran plat que j’ai offert à ma petite amie est en panne ! ça fait même pas 1 mois que je te l’ai acheté !! tu dois faire quelque chose, ça urge !
- J’irais le lui changer ce soir, donne-moi son adresse.
- Elle habite 3 Allée Charlot - elle s’appelle Julie BENODET !
- Qu’est-ce que tu dis ? Julie Bénodet ?
- Tu la connais ?
- Si je la connais ! C’est la fille de mon patron ! Elle habite juste à coté de l’étude RAFLETOU ! »
 
Laurence buste penché sur son ordinateur depuis des heures, se redresse.
« Bon ! j’ai pas mal d’éléments concernant le sixième… si c’est Ernest qui a tué, quel pourrait bien être le mobile ?
Procédons par ordre :
1. Ernest vole et revend - il ne doit pas manquer de pognon donc il n’a rien à voir avec un huissier.
2. Il détient deux chèques volés par Grisard à sa propre mère… si ceux-ci n’ont pas été honorés, il a pu faire intervenir RAFLETOU et lui remettre les chèques devenus bois ! Là, je tiens une piste. Grisard a donc pu tuer pour récupérer les chèques de sa mère - il est bien connu que RAFLETOU ne sort jamais sans sa sacoche où il transporte TOUS ses dossiers - si le jour de sa mort, il s’apprêtait à venir chez Ernest pour discuter des dispositions à prendre contre Grisard, voire engager poursuites ou saisie, obligatoirement, il avait le dossier sur lui…
3. La petite amie de Grisard habite à coté de l’étude RAFLETOU. Si celui-ci s’est aperçu d’un trafic quelconque et qu’il possède les chèques, Julie Bénodet pour « sauver » son petit ami Grisard, avait intérêt à tuer l’huissier… voilà une seconde piste.
4. C’est la fille du patron d’Ernest… mais alors… mais alors IL DOIT SAVOIR, le patron, puisqu’il vient souvent chez elle, qu’elle recèle, en sa cave, l’alcool volé puisque c’est lui le volé mais POURQUOI aurait-il tué l’huissier ? En fait, les copines au boulot disent que Grisard porte des cornes et que sa Julie reçoit pas mal de visites… recevrait-elle son voisin RAFLETOU ? Ce pourrait être aussi une piste… Le patron d’Ernest, furieux que sa fille ait une aventure avec cet huissier qui le poursuit pour retard de paiement dans ses charges sociales avait un bon mobile !
Eh ! Laurence ! s’interpelle-t-elle, elle-même, QUI te dit que le patron d’Ernest avait du retard de paiement dans ses charges sociales ? Oui ! oui ! c’est vrai, s’admet-elle - enlevons cette piste là… mais il y a un point cinquième...
5. Ernest avait donné rendez-vous dans la cave à bicyclettes à Grisard - peut-être que RAFLETOU y était-il caché dans l’attente d’une intervention ? d’une saisie ? mais chez qui ?
6. Ernest et Grisard seraient-ils complices dans le meurtre de RAFLETOU ?
 
Résumons : 6éme étage - 6 points importants - 3 pistes !
Bon travail « mon cher ordi » comme dirait Sherlock Holmes…
 
On verra le 5ème étage demain ?
 
elaine

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