Pour lui, mûrir et mourir ne sont séparés que par le « O » et le « ^ » de « Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie, n’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ! ». Pascal Forbes
Plus de citations...
Home page > Lectures > Nouvelles > elaine de liancourt > Un crime qui aurait pu être parfait / Chapitre IV

Un crime qui aurait pu être parfait

Un crime qui aurait pu être parfait / Chapitre IV

Monday 20 December 2010, by Blackout

4ème étage : Thierry VASSEUR
 
Le Commissaire de la B.I.C. (brigade d’investigation criminelle) s’arrache les cheveux… cette histoire d’assassinat est compliquée !
 
Il a interrogé de nouveau Laurence Passepoil puisque c’est elle qui a trouvé le corps… Elle lui a débité toutes ses déductions mais « ça ne passe pas ». Il y a un petit quelque chose qui ne colle pas !
« QUI est ce Thierry Vasseur ? de quoi vit-il ? a-t-il un rapport avec Rafletou ? »
 
Laurence, assistante imaginaire du Commissaire et des inspecteurs de la B.I.C., rôde… Sa silhouette se découpe partout, sa voix acide ou affirmative s’infiltre, porte doutes, accusations, probabilités, suspicions, évidences aussi d’ailleurs !
Elle se fait centre de l’enquête avec insistance, malignité… elle vit ! elle a une identité, une intensité ENFIN !
Le soir, elle confie à son ordinateur ses conclusions… Elle va jusqu’à se « faire » assassin pour mieux comprendre :
« Voyons ! si j’avais tué MOI-MEME Rafletou, comment m’y serais-je prise ? POURQUOI l’aurai-je assassiné ? »
Elle se persuade, insiste, se visualise…
« Il est 5 h 30… Je descends pour aller prendre ma bicyclette… Dans l’escalier j’entends des bruits bizarres… comme une respiration… je m’assois sur une marche entre le 1er et le rez-de-chaussée… le bruit se précise, c’est un halètement, des gémissements. Soudain, une forme noire venue de derrière moi m’escalade, brrr ! c’est le frôlement d’une main froide. J’aimerais crier mais une autre main, plus petite semble-t-il au toucher, se pose sur ma bouche. Une bouche précisément se pose sur mon oreille, murmure « la ferme ! bouge pas ou j’te zigouille ! ».
Je reste là 5 bonnes minutes, puis, accrochée à la rampe de l’escalier, je descends !
Devant moi une ombre...
« Qui est là ? que faites-vous ici à cette heure-ci ? »
Ma voix contient mille grelots.
« N’ayez aucune peur Madame, je suis Maître Rafletou, je dois faire un constat d’adultère chez les Kracot à 6 heures, je viens déposer ma bicyclette… Vous savez, avec la circulation et l’impossibilité de stationner, le bicycle est encore le meilleur moyen de transport !
- Quoi ? Monsieur Kracot trompe Madame Kracot ? Il a une maitresse ?
(Elle sait très bien la rusée Laurence qu’il n’en est rien, que c’est l’inverse puisqu’elle a vu Madame Kracot , en flagrant délit, à la biscuiterie mais, pour les besoins de son enquête, elle joue les candides !)
- Non ! C’est elle qui a un amant !
- Celui qui lui donne de la drogue ? Ça ne m’étonne pas ! Je l’ai VU lui remettre un paquet !
- De la drogue ? Vous avez de la drogue ? J’suis en manque ! Donnez m’en un petit peu je vous en prie !
- Mais je n’ai pas de drogue c’est Madame Kracot ! »
Laurence SE VOIT ! Rafletou la supplie ! « Laurence ! Laurence ! par pitié, j’en veux un peu, un tout petit peu pour me donner du courage.
Devant son refus, Rafletou bouscule Laurence, la prend à la gorge, serre, serre…
« Aaaahhhh ! »
Elle râle… Voyons s’il y avait un couteau ici… Oui ! le couteau du casse-croûte qu’elle emmène… mais il est dans son sac !
Rafletou serre de plus en plus fort « tu l’auras voulu Laurence, MOI Rafletou, je RAFLE TOUT et je vais rafler ta vie….
« Aaaaaahhhhhhhh ! »
Le sac est là… vite ! le couteau ! sa main droite se crispe sur le manche ! elle le lève !
L’ombre du couteau se dessine sur le mur… Rafletou la voit cette ombre alors il serre encore, encore…
« Aaaaaaaaahhhhhhh !
Elle abat sa main… le couteau entre tout seul, comme dans une motte de beurre… Rafletou s’affaisse !
JE SUIS INNOCENTE ! Je n’ai pas tué Rafletou !
 
Laurence, fébrile, réalise soudain la situation :
« Cette histoire me rend folle… Si je ne trouve pas rapidement le coupable, je vais finir par me soupçonner pour de bon, je serai même capable d’aller me dénoncer !
Revenons à une plus juste appréciation des choses : aujourd’hui, il faut que « je creuse » ce Thierry Vasseur… Mais, comment faire ?
Laurence tire sur une bouffarde imaginaire, à la Maigret, et bougonne
« Mais oui ! bon sang, c’est bien ça ! J’appelle mon toubib, je me mets en arrêt maladie et je passe mon temps à la cave tant que je n’ai pas trouvé « l’indice » ! Tiens, qui frappe à ma porte ? je n’attends personne… Ah ! c’est vous facteur, entrez donc… voulez-vous prendre un petit café ?
- Euh ! Non merci !
- Avec une petite goutte ?
- Allons, je veux bien
- Asseyez-vous »
Le facteur regarde Laurence avec admiration… Elle a une autre dimension ! Elle a « trempé » dans un crime !
« Non Monsieur Colis, j’ai juste découvert le corps !
- Encore vivant ? paraît même qu’il vous a « causé »…
- Oui ! oui ! c’est bien vrai !
- Qu’est-ce qui vous a dit ?
- Vous ne le répéterez à personne ?
- Parole de facteur !
- Il m’a murmuré le nom de Vasseur…
- Vasseur ! un ancien militaire… Il a fait la guerre du Golfe ce gars-là ! - approchez-vous ! »
Laurence approche son oreille de la bouche du facteur Colis - la bouche qui verse, en un murmure de confidentialité : « il était dans la légion étrangère ! »
- Ah ! »
Est-ce un ah ! admiratif ou surpris ? Je n’ai pas eu le temps de l’analyser.
« Même qu’il était gradé un peu, ce qui lui vaut une grosse retraite ! C’est qu’il a été blessé, médaillé, il est comme qui dirait un « n’héros »..
- Ah !
- Oui ! oui ! Aves ses anciens compagnons, ils se rencontrent souvent, ils boivent c’est sûr… peut-être pour oublier toutes ces horreurs !
- Je n’ai jamais vu son épouse…
- Bien sûr ! il est divorcé… la guerre l’a rendu violent… Il paraît qu’il tapait sa femme de temps en temps… enfin plutôt «de souvent en souvent »…
- Il a des enfants ?
- Je ne sais pas, mais il verse à sa femme une grosse pension… la plupart du temps avec retard parce que sa retraite, il la boit… Rafletou en savait quelque chose… plus d’une fois il est venu chez Vasseur pour le paiement de ladite pension… l’autre jour Thierry m’a dit qu’il avait 7 mois de retard dans ses versements mais qu’elle pouvait toujours attendre ! Bon, je vais continuer… y’a du courrier à distribuer !
- Vous reboirez bien une petite goutte ?
- Alors ce sera la dernière !
- Mais dites-moi, où prend-il ses boissons ? On ne le voit jamais sortir pratiquement… les copains sans doute ?
- Mais non, c’est MOUCHON son principal fournisseur, le locataire du 6ème ! »
 
Laurence est scotchée ! Elle se confie à son ordinateur :
« T’as vu ? T’as entendu ? C’est comme ça qu’on mène une enquête ! Il peut s’accrocher le Commissaire Tigris de la Crim, je trouverai avant lui ! Je sais TOUT sur Thierry Vasseur : ancien militaire, violent, il tapait sa femme, il ne paie pas la pension depuis 7 mois.
Eh ! eh ! et si Rafletou était venu pour lui demander le retard de pensions ? d’autant plus que Vasseur SAVAIT qu’à 6 heures le matin RAFLETOU serait là pour le flagrant délit de la petite mère Kracot. Il aurait pu tuer Rafletou en sachant que les Kracot pouvaient être accusés ! En voilà encore un qui avait un sérieux mobile ! pour une piste, ça c’est une piste ! Je descends dans les box à vélos, j’y trouverai sûrement quelque chose !
 
Laurence est maintenant tapie derrière les poubelles, elle épie !
Au sol, la silhouette de Rafletou tracée à la craie… elle soulève la bande jaune « scène de crime », passe, s’agenouille, renifle, se dirige vers sa propre bicyclette… sur la pédale droite, elle trouve un papier. Main tremblante, elle déplie la feuille. Quelqu’un a découpé dans un journal des lettres d’imprimerie - elle lit « PASSEPOIL arrête tes recherches tout de suite ou ce sera ton tour ! »
Au-secours ! Au-secours !
Elle remonte chez elle en courant, s’enferme à triple tour, pousse l’armoire bancale derrière la porte, barricade son unique volet, éteint toutes les lumières, prend son ordinateur, grimpe dans son lit, rentre à l’intérieur de la couette et tremblante commence à taper sur le clavier lorsqu’elle entend des pas, un ricanement… puis… UN - DEUX - TROIS coups secouent sa porte… comme un gong… un glas sonnant son trépas…
 
My God !
 
A demain ou à plus tard ?
 
elaine

© Black-out

SPIP | | Site Map | Contactez-nous | Follow-up of the site's activity RSS 2.0
Conditions générales de vente | Black-out, tous droits réservés

logo region Limousin            logo crl