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Un crime qui aurait pu être parfait

Un crime qui aurait pu être parfait / Chapitre V

Tuesday 28 December 2010, by Blackout

3ème volet : Famille LEFORT - mère et fils Marine et Théo
 
Laurence a passé une mauvaise nuit… en sueur sous sa couette, elle a traqué le moindre bruit. QUI mais QUI a bien pu poser cette menace sur la pédale de son vélo ?
Elle se lève, enfile son vieux peignoir, se dirige vers le gaz pour chauffer son café…. un carré blanc devant la vieille armoire bancale qui protège sa porte attire son regard. Son sang ne fait qu’un tour !
Elle appuie son épaule droite sur le côté de l’armoire et pousse, pousse pour dégager sa porte… elle SAIT… elle sait que l’assassin est venu jusque devant chez elle, en pleine nuit, l’a menacée une fois encore. Elle tend la main… le papier danse entre ses doigts :
« T‘AS COMPRIS OU PAS ? SI TU INSISTES, CE SERA TA FETE BIENTOT ! »
La colère monte… cette fois, la rage l’emporte sur la peur.
 
Dix minutes après, elle est « en bas ». Sa lampe électrique balaie le sol. A la main, elle tient sa pince à épiler et un sac en plastique de chez NOSICA pour ramasser les « preuves » éventuelles !
Autour de la bande jaune, des pas récents, de la boue… de l’herbe sèche et sur le corps dessiné au sol 6 pots d’orchidées, de couleur différente, posés en forme de croix, 4 verticalement, 2 horizontalement...
6 pots d’orchidées - 6 locataires pense Laurence, il doit y avoir un rapport… lequel ? Marine Lefort travaillait chez un horticulteur mais… elle est au chômage depuis plusieurs semaines ! et pourquoi en forme de croix ?
Elle fouille, cherche… sa pince à épiler se referme sur une proie que Laurence pose délicatement dans le sac de plastique… elle regardera ses trouvailles chez elle.
Soudain, elle frappe son front du plat de sa main gauche, la droite tenant la lampe électrique et, à la Maigret, murmure :
« Bon sang mais c’est vrai ! »
Elle réalise, en effet, que Rafletou a été trouvé pratiquement nu…
« Où ? mais où donc sont passés ses vêtements et pourquoi le Commissaire de la Crim ne les a pas cherchés ? »
Presqu’à plat ventre maintenant, elle tâte le sol, l’ausculte, l’écoute… ici un box vide, juste de vieux cageots où 3 ou 4 vieilles patates pourrissent tranquillement, lançant en l’air en signe de protestation, 2 ou 3 germes « blancs-bleuâtres » tel emblème phallique.
Sa main heurte quelque chose de mou, elle tire « la chose », la glisse dans le ventre ouvert du sac plastique. Sa lampe, curieuse, maniaque, balaie le dessous des cageots… des tâches suspectes la narguent… elle cherche dans sa poche, tire un flacon… dévisse le bouchon à moitié rouillé, méticuleusement, fait couler 4 gouttes sur l’une des taches, crache un jet de salive… les taches sombres se prennent à mousser :
« JE LE SAVAIS ! glapit-elle, sourire tordant sa bouche, C’EST DU SANG ! »
 
C’était du sang ! mais où étaient les vêtements ?
 
Laurence se relève, dans un angle elle remarque un « mannequin »… Elle le reconnaît. C’est celui des BIGOT, les concierges… Ils ont un petit jardin à la campagne et posent cet épouvantail « au temps des cerises » pour que les petits oiseaux gourmands ne s’étranglent pas avec les noyaux.
« Salut Albert dit-elle en lui tapant sur la poitrine ! Aaaaaahhhhhhh ! »
 
La main de Laurence vient d’être « avalée » par un trou situé en plein centre de la poitrine d’Albert !
Elle en échappe sa lampe et c’est le NOIR !
Un noir épais, une nuit tentaculaire, des ténèbres peuplées d’angoisses. Elle étouffe, tremble, oppressée. Son autre main, cependant, obéit à ses pensées, attrape son portable caché dans le bonnet gauche de son soutien-gorge rouge... Elle l’ouvre !
Un rectangle 5 x 4 se découpe sur un « diorama » dantesque. Imaginez :
un tas de cageots, des germes de patates érigés, presque fluorescents (un défi ? une invitation ? une menace ?), un épouvantail épouvanté de se retrouver dans un rectangle d’une lumière étrange et… et… ce crime qui plane là, la pensée de l’assassin qui rôde… pire ! pire encore : la PEUR qui a dû coller à la peau de la victime ! Laurence la sent cette PEUR… elle est là ! ici ! railleuse, horripilante !
Brrrrrrr !
A tâtons, elle ramasse sa lampe - de nouveau elle enferme chaque coin du box dans le faisceau - elle n’ose pas appuyer sur l’interrupteur !
Elle s’approche d’Albert, l’épouvantail. Dos au mur, il semble avoir été posé là intentionnellement. Ce trou dans la poitrine de « l’homme de paille » l’intrigue, l’attire. Elle tend sa main, avec courage et audace, pénètre l’Albert :
« Waaaouuuu, ça alors, dit-elle à mi-voix ! ma main touche le mur donc le trou de la poitrine ressort dans le dos ! Impossible qu’un coup de couteau ait pu faire ça ? Un ? non ! mais deux ? trois ? plus ? »
Sa main revient lentement... Au retour, un ongle s’accroche à « quelque chose » qu’elle tire et jette dans le sac. Vite, il y a du bruit, quelqu’un descend !
Laurence appuie son corps le long du mur, prend l’épouvantail et le pose sur elle, son respir est saccadé… elle est maintenant en équilibre entre la trouille qui serre son ventre et une envie, que dis-je, un besoin irrépressible de fuir… pourtant, elle reste, aux aguets, en fin limier!
 
Ce n’est qu’Armande, celle du 1er… elle porte un gros sac qu’elle donne à la poubelle… Bizarrement, elle se penche, scrute le fond comme si elle cherchait quelque chose, prend un balai qui traînait par là et fouille, fouille !
« Que cherche-t-elle se demande Laurence ? ah ! je sais ! elle cherche les fringues de Rafletou… Si elle sait que ces vêtements sont là, c’est qu’elle les a mis elle-même - donc c’est Elle l’assassin ! »
La certitude entre en elle - ça y est, elle a trouvé - elle va pouvoir aller tout raconter à son ordi dès son retour chez elle.
Armande, déçue, repose son balai, remonte !
Laurence, à moitié étouffée par l’épouvantail, sort à son tour du box et monte d’un pas tranquille.
Elle réfléchit : « Où peuvent bien être les vêtements ? » Sa certitude est émiettée. En passant devant la porte du 3ème, celle-ci s’ouvre. Très élégante, Madame Lefort montre son bout de nez poudré, son sourire... minaude :
« Ah ! Chère Madame Passepoil comment allez-vous ? »
Laurence en reste bouche-bée (jamais elle ne m’a saluée celle-là, qu’est-ce-qui lui prend ? pense-t-elle).
« Entrez donc un instant ! »
Entrer chez Madame Lefort !!!
Le salon est en tissu de velours beige, des fauteuils si confortables que l’on s’assoit dedans en se demandant comment on pourra faire pour en ressortir, une table basse, un lampadaire très original représentant un ours tenant une torche… un guéridon avec une plante dessus.
« Voulez-vous prendre un thé avec nous Chère Madame ? »
Une tasse de thé ! chez les Lefort ! Laurence se croit sur une autre planète. Tout ici lui semble luxueux, feutré… son imagination l’emmène illico chez la Princesse de Clèves ! Elle se voit perruque poudrée, vertugadin d’organdi, petit doigt en l’air tenant une tasse en Porcelaine de Chine, arrondissant ses lèvres en cul de poule pour souffler sur le chaud breuvage…
 
Madame Lefort sert le thé… Laurence admire ce filet doré, fumant qui sort du bec de la théière. Entre le pouce et l’index, elle attrape un carré de sucre… elle serre contre elle sa poche de plastique, remet sa lampe électrique dans sa poche très émue. Assise du bout des fesses sur le rebord du fauteuil qu’elle n’ose occuper en sa totalité, elle tend sa main vers un autre carré de sucre et plaf : la bourde ! elle l’échappe !
« Ce n’est rien la rassure Madame Lefort ! »
Confondue en excuses, Laurence se baisse… Au sol il y a un tapis et sur ce tapis elle voit un morceau de quelque chose. Elle ramasse ce quelque chose, se relève, avale le sucre, oubliant de le mettre dans sa tasse. Elle range sa découverte dans sa poche discrètement.
Bien sûr, Madame Lefort parle de Rafletou.
Elle veut savoir ! mais pourquoi ? elle a du première main avec moi - je ne dirai que des mensonges !
Laurence se sent mal à l’aise. Tout cela lui semble surnaturel. C’est sûr, elle se trouve dans un film, elle joue un rôle tout en ressentant qu’elle n’en est pas la vedette !
Madame Lefort, de sa main fine et parfumée, prend sur la table une pelle à gâteau et…
Laurence n’entend plus rien, ne voit plus rien, pas même Théo le fils de Madame Lefort lequel entre, surpris de trouver là Laurence. Il la regarde, la pauvre Laurence, avec un sourire narquois. NON, elle ne voit RIEN que cette pelle à gâteaux qui lui rappelle quelque chose… le manche, c’est ça oui, le manche recouvert de porcelaine blanche… elle a vu, déjà, ce style d’instrument… mais où ? ah ! oui ! sans doute dans le magasin « COUVERTS » qui se trouve dans la galerie marchande du supermarché TROCHERE où elle travaille, juste à côté de la librairie où travaille sa copine Madame BOUQUIN ! »
 
Lorsque 3O minutes après, elle monte l’escalier, tout se noue, se trouble...
« Vite ! vite ! que je retrouve mon ordi - avec lui, je raisonne mieux ! »
Soudain, elle blêmit : un poignard sanglant planté dans le panneau du haut de sa porte, tient un papier sur lequel des lettres d’imprimerie collées précisent :
« Dans TROIS jours, ce sera ton tour Passepoil ! »
Son ventre la fait se tordre, la même trouille que tout à l’heure, « en bas » - elle a le temps d’entrer cependant, d’évacuer sa peur ailleurs que sur le palier.
 
Dix minutes après, elle rage tapant les touches de son ordi avec violence, colère !
A minuit, épuisée physiquement et moralement, elle entre dans sa couette oubliant le sac de plastique NOSICA qui, froussard ou prudent, tombe doucement sous le lit.
 
Bonne nuit Laurence – à demain

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