De quoi une chandelle peut-elle bien être fière ? Christian Brissart
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Un crime qui aurait pu être parfait

Un crime qui aurait pu être parfait / Chapitre VI

Monday 3 January 2011, by Blackout

2ème étage : Jojo PASSAC
 
Trois jours ! il ne reste que 3 jours à Laurence pour élucider ce mystère qui s’épaissit comme une sauce dans laquelle elle aurait mis trop de farine… puis elle sera trucidée à son tour !
Elle perd la boule notre Laurence !
C’est tel un ouragan qu’elle entre dans le sous-sol. Il y a Tigris, le Commissaire de la Crim.
Laurence s’approche de sa bicyclette… sur la selle un papier tâché de sang « J’AURAIS TA PEAU ! »
« Commissaire, je n’en peux plus moi ! Il faut arrêter l’assassin et vite, regardez ! »
Elle tend d’une main misérable le papier à Tigris. Celui-ci lit, hausse les épaules, rend le papier à Laurence :
« Bah ! ce n’est que de la provoc pour vous faire peur, de la pure jalousie ! Vous m’aidez beaucoup dans mes recherches… « Ils » voient bien que sans vous, je piétinerai, je pataugerai ma chère Laurence ! »
Voilà, c’est reparti ! Elle n’est plus Maigret ni le mentalist, elle est Tigris en personne. Elle prend les choses en mains :
« Vous là, dit-elle au Commissaire, le prenant pour un simple agent, réunissez TOUS les locataires de cet immeuble. Ce soir 18 heures, je les veux tous en mon bureau ! et puis trouvez-moi ses vêtements et vite… j’ai pas envie de ramasser les reproches du proc ! on piétine, je vous le dis moi, on piétine ! »
 
Son bureau ? Comment loger tout le monde dans sa chambre de bonne ?
Elle prend conscience qu’elle s’est aventurée dans une mangrove où elle va laisser sa raison !
« Tous, murmure-t-elle, tous sont suspects… quoique je n’ai pas encore interrogé Jojo Passac ni Armande Cubin ! Allez, je ne me dégonflerai pas, il ne me reste que 3 jours à vivre, je ne vais pas me gêner »
Toc ! toc !
La porte s’ouvre, béante comme la gueule d’un léopard… Jojo dans un bâillement sonore, interroge :
« Ouais, c’est pour quoi ?
- Je suis la voisine des toits...
- Ouais et alors ?
- J’enquête avec le Commissaire Tigris sur l’assassinat de Rafletou, je suis sa collaboratrice, son adjointe, son lieutenant si vous préférez…
- Ouais, et alors ?
- Je voudrais vous poser quelques questions, puis-je entrer ?
- Ouais ! alors ?
- Alors ? pouvez-vous me dire si vous connaissiez la victime ?
- Ouais et alors ? bien sûr que je la connaissais ! vous rigolez vous ! vous savez bien que je suis éboueur et que tout ce que je ramasse, je le revends sur les brocantes ?
- Je le sais effectivement !
- Je range mes trouvailles à la cave, dans mon box à vélo du fait que j’ai pas d’vélo !
- Evidemment !
- Et même que j’fouille les poubelles de la cave… J’y trouve souvent des trucs d’ailleurs !
- Ah ! »
De nouveau, Laurence se sent « mentalist », elle n’est plus Tigris ! elle endosse à volonté la personnalité qui peut lui être utile sur l’instant : elle pose sa main sur l’épaule gauche de Jojo pour entrer en contact avec son mental ! elle voit des images...
« Mais alors… mais alors Monsieur Jojo ? c’est VOUS qui avez ramassé les vêtements de Rafletou ! »
Elle n’interroge pas, elle affirme ! puis poursuit :
« Qu’en avez-vous fait ?
- Euh ! euh ! ouais et alors ? d’abord QUI vous l’a dit ? C’est Armande ? »
 
Laurence revoit la cave - Armande qui fouille les poubelles… cette fois elle tient la bonne piste !
Sévère, accusatrice, elle tend l’index vers la poitrine de Jojo :
« Avouez ! intime-t-elle.
- Ouais ! Avouez quoi ? Que j’ai des rapports intimes avec Armande ? ça ne regarde que nous ! c’est vrai que parfois, pour m’aider, elle fouille aussi les poubelles du bas mais ça ne la rend coupable de rien !
- Qu’avez-vous fait des vêtements ? Les avez-vous brûlés ?
- Ouais ! J’aurais dû ! Je les ai donnés à Arthur, le « sans-abri » qui dort derrière les poubelles la nuit, sous une pile de cartons !
- Miel alors, je me suis plantée ! pense-t-elle puis elle ajoute : que faisiez-vous à l’heure du crime ? Et comment avez-vous connu la victime ?
- Eh ! ma p’tite Dame ! vous croyez qu’on ramasse les ordures à 3 heures de l’après-midi ? J’étais au boulot, même que ce jour-là j’ai trouvé une télé que je vais revendre… depuis qu’il y a des écrans plats, les gens jettent leur télé…
- Comment avez-vous connu la victime ? insiste-t-elle. Quels étaient vos rapports avec lui ?
- Ouais M’dame, c’est tout simple… Maître Rafletou faisait pas mal de saisies dans les immeubles du quartier - une saisie ça se fait de bonne heure - il savait que je partais très tôt au boulot, comme vous d’ailleurs… il venait me rejoindre dans mon box pour me donner la liste des objets saisis... J’allais à la salle des ventes, je remarquais les objets et, d’accord avec le commissaire priseur, je les touchais à bon prix… on partageait le gâteau ! »
 
Le gâteau ? Laurence s’évade de son corps… ses pensées la ramènent dans le coquet salon de Madame Lefort… le gâteau, le cake, la pelle et son manche en porcelaine blanche.
Elle sort de ses pensées à 100 à l’heure, se précipite vers Tigris :
« Commissaire ! je crois que je tiens le bon bout !
- Qu’avez-vous trouvé Madame Passepoil ?
- Donnez-moi cinq minutes, j’ai besoin de vérifier quelque chose ! »
 
La joie la transporte… Elle monte les 6 étages à la vitesse grand V - arrache de sa porte le papier planté avec un vieux clou sur sa porte :
« PRENDS GARDE à TOI PASSEPOIL - TON HEURE APPROCHE - TU PEUX ENCORE TOUT ARRETER ! »
Elle éclate de rire… fais une boule de cet avertissement :
« Bidon ! bidon ! marmonne-t-elle. »
Elle pousse sa porte, entre, referme, tourne la clé à double tour...
Excitée à l’extrême elle prend son ordi « viens là, toi, c’est TOI qui aura le premier la solution… »
Ses doigts volent au-dessus du clavier, s’abattent sur les touches, peaufinent les expressions, contournent les démentis, sculptent les raisonnements, détournent les erreurs… lorsque soudain elle repense au sac plastique contenant ses « prises de guerre ».
Bon sang de bois, où l’ai-je mis ?
Elle chambouline tout, fouille sous les assiettes empilées dans l’évier, va à l’armoire, la vide... au lavabo elle ouvre toutes ses bouteilles de shampooing… dans les toilettes elle déroule les rouleaux de papier hygiénique avant de se pencher dangereusement au-dessus de la cuvette…
Dans l’eau de la cuvette… Laurence voit son propre visage anxieux… elle hurle « Mais où l’ai-je mis ? »
L’eau se trouble, devient opaque, laiteuse… et Laurence VOIT !
Elle se voit remonter du 3ème après la tasse de thé chez les Lefort, son sac plastique serré contre sa plate poitrine… sa main serre un objet dans sa poche… celui-là même qu’elle a ramassé sous la table, sur le tapis de Madame Lefort. Elle entre chez elle, jette le sac sur la couette puis, épuisée physiquement et moralement, se glisse dans la couette !... elle voit alors le sac NOSICA, froussard ou prudent, se glisser sous le lit !
D’un bond, elle se relève ! « Merci chiotard ! » Elle s’accroupit au pied de son lit… Sa main avare et avide s’empare du sac comme d’un trésor volé.
Elle s’assoit devant sa table sur la vieille chaise paillée qu’elle a hérité de sa grand-mère et qui perd sa paille à n’en plus pouvoir mais… pose le sac, l’ouvre, regarde… Qu’a-t-elle bien pu attraper avec la mâchoire de sa pince à épiler ?
Ah !
Comment ? Un malabar collé à un vieux mégot ? pffttt ! Le Commissaire Tigris va bien rigoler !
Sa mémoire lui envoie des relents « d’oubliés rancuniers » - il faut admettre qu’ils ont passé des heures enfermés dans un sac plastique, sous un lit, à côté de vieux chaussons puant la sueur ! Elle se souvient… oui ! oui ! sous les cageots, elle a tiré quelque chose de mou, voyons, voyons…
Ça alors ! Une chaussette d’un vert épinard avec des petits pois violets… Serait-ce l’une des chaussettes de Rafletou ?
 
Une odeur persistante, pas de grande marque, sort du sac… mais oui ! du corps de l’épouvantail, elle a ramené… elle plonge sa main, sort une chaussette même couleur, même texture, même odeur !
Elle fait bien la paire constate Laurence… mais qu’est ceci ?
A la chaussette, accroché, un minuscule morceau de toile lui rappelle quelqu’un… ou quelque chose !
Elle fouille sa poche : « pas d’erreur, chante-t-elle ! c’est bien le même morceau… et je sais d’où viennent ces gaillards ! »
L’épouvantail du concierge est fait d’un sac en toile de jute bourré de paille et ces deux morceaux sont en toile de jute !! par contre je me demande ce que fait cette croûte de pain accrochée à la chaussette ?
Dans la tête de Laurence, ça tricote !
Voyons, ordi, mon bien-aimé, nous tenons là des preuves accablantes ! et puis, je me souviens, sur le guéridon, la plante, C’ETAIT UNE ORCHIDEE !
Bon, ce n’est pas tout cela mais… le Commissaire m’attend, je reviens !
A cheval sur la rampe d’escalier, Laurence descend à son rendez-vous.
 
Le Commissaire Tigris est là :
« Ah ! vous revoilà Madame Passepoil ? Alors qu’aviez-vous à me dire ? Faites vite car j’ai aussi mon suspect et je prépare une reconstitution. »
Ce disant Tigris, dûment ganté, sort le couteau à pain, pièce à conviction, qui a tué Rafletou.
Un éclair sort de la lame, traverse l’espace entre le Commissaire et Laurence, entre dans la compréhension de cette dernière, fait trois fois le tour… Hébétée, elle fixe le manche du couteau à pain… Il est de porcelaine blanche comme… comme…
 
« Commissaire ! hurle-t-elle…
 
…JE SAIS QUI EST L’ASSASSIN !
 
- Moi aussi répond-il ! »
 
Et vous ?

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