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Un crime qui aurait pu être parfait

Un crime qui aurait pu être parfait / Chapitre VII

Thursday 13 January 2011, by Blackout

RECONSTITUTION
 
Les locataires de l’immeuble, sont plus que surpris, voire même inquiets !
Ce matin, la même convocation dans chacune des boîtes. Le libellé est un ordre !
« CE SOIR : 21 HEURES – DANS LE PARKING-VOITURES QUI SE SITUE JUSTE A COTE DES BOX A VELOS – HISTORIQUE ET RECONSTITUTION DU CRIME – AUCUNE ABSENCE NE SERA TOLEREE – MERCI DE LAISSER LES VOITURES HORS PARKING. »
 
Laurence est inquiète, un peu déçue aussi de n’être pas la première toute seule, elle n’est que la première ex aequo, se plaint amèrement à son ordi .
Les heures se traînent, elles le font exprès, c’est sûr ! Peuvent-elles comprendre cette attente insupportable ? ce suspens ? cette angoisse qui la tient là, à la gorge ?
Elle veut son rôle - personne, pas même Tigris, ne lui volera la vedette ! elle a passé trop de temps dans ses recherches.
 
A chaque étage, le locataire se prépare, se fait beau, met son habit du dimanche… Oh ! ce n’est pas jour de fête non, mais jour exceptionnel ! Il y aura la télé, locale et nationale, la presse et…
 
20 heures.
Une foule de curieux venus de tous horizons, entoure l’immeuble. Les flashs claquent de partout, du simple portable à la caméra la plus sophistiquée.
TF 17 appelle Laurence ! Elle a mis un soutien-gorge ampli-forme pour que son pull « près du corps » moule son beau truqué buste. Un pantalon Jean... Une giclée de parfum acheté chez TROCHERE, un soupçon d’un rouge à lèvres couleur « sang » - elle se sent « en beauté ».
Le cameraman lui sourit : « on y go ? demande-t-il ?
- Comment ?
- Vous êtes prête ? OK ! On y va ! »
Photos à outrance, Laurence est déjà le centre de toute attention… elle sourit, bavarde, remue ses épaules, convaincante elle explique, persuade, prouve, pérore…
 
20 heures 30. Laurence remonte pour une petite retouche à son image !
 
21 heures.
Des pas dans l’escalier, précipités, anxieux ou furtifs mais assurés !
Le parking a été « déguisé » en salle de délibération ! Il y a une longue table rectangulaire, des chaises autour bien évidemment - à une extrémité un fauteuil.
« Tiens ! pense l’ensemble des personnes présentes, on attend une « personnalité » ? »
Dans l’ahurissement général circulent des raclements de gorges, des chuchotements, des questions. On nage dans l’imprévu, le bouleversement…
Au fond du parking, il y a un rideau noir qui occupe toute la largeur du parking, il est coupé en son milieu comme rideau de scène, pour laisser passage aux artistes ! On s’attend presque à entendre frapper les trois coups !
Précisément, par cette « déchirure » du rideau, entre le Commissaire Tigris suivi d’un personnage, cagoulé de noir.
Par une fente très étroite, on sent le poids d’un regard bleu d’acier, noir et lourd d’accusations, qu’il promène lentement sur chaque locataire, le scrutant une dernière fois comme pour s’assurer de son innocence ou de sa culpabilité !
Tigris désigne à l’inconnu cagoulé le fauteuil et va s’asseoir juste en face de lui, à l’autre extrémité de la table. Il invite les locataires à prendre place en ces termes :
« Bonsoir à tous… je vous ai réuni, ce soir, pour dénoncer le coupable car…
…l’ASSASSIN EST ICI, PARMI NOUS !
 
« Aaaaaaaaaaaahhhhh ! »
 
Est-ce un ah ! de peur, de surprise, de protestation ?
Chacun épie son voisin pensant « pourvu que je ne sois pas assis à côté de l’assassin » mais aucun visage n’affiche l’angoisse !
« Il n’y aura pas de jury à ce genre de tribunal improvisé, l’assassin va se dévoiler lui-même ! précise Tigris.
 
La voix de Tigris est plus grave qu’à son habitude, caverneuse même, solennelle en tout cas.
Serait-ce l’homme de Cro-Magnon s’interroge Laurence ?
 
L’homme cagoulé frappe du plat de sa main sur la table et crie :
 
« LA SEANCE EST OUVERTE ! »
 
« Le Lundi 14 - il y a maintenant plus de trois semaines - un homme a trouvé la mort, juste à côté, dans l’un des box à vélos, sauvagement assassiné par l’un d’entre vous ! »
 
Wouaïe ! il attaque fort le Tigris, pense Laurence !
 
« La victime, huissier d’injustice, a été tué entre 4 heures 45 et 5 heures du matin, pourquoi cette précision ? Parce que Madame Passepoil qui part travailler vers 5 heures l’a découvert ENCORE VIVANT ! Or, à cette heure matinale, peu de personnes, dans cet immeuble, sont debout sauf donc Madame Passepoil, Jojo Passac éboueur, les concierges et les insomniaques s’il y en a ! J’ai remarqué tout de suite sur la scène du crime plusieurs choses : il n’y avait pas eu vol puisque le portefeuille du malheureux Rafletou avait été exprès, coincé dans son slip ! Dedans, cartes de crédit, chéquier et 170 Euros donc le crime crapuleux a été écarté de suite. Sa sacoche de cuir, elle, a été retrouvée à 30 mètres de là dans la poubelle de l’immeuble d’à côté. J’ai découvert des documents très significatifs dedans, qui m’ont ouvert une piste : en effet, il y avait des injonctions de payer, des saisies conservatoires, des constats d’adultère, des chèques en bois et bien d’autres papiers compromettants sur CHACUN DE VOUS ! La Police scientifique a analysé votre sang par l’intermédiaire de la médecine du travail et j’ai dû constater, à ma plus grande stupéfaction que deux personnes, ici présentes, ont mélangé leur sang à celui du malheureux Rafletou… Ce n’est pas tout ! Les empreintes de chacun de vous se retrouvent sur les vêtements, sur les lieux, ce qui signifie…
 
Le Commissaire Tigris, de la Crim, suspend son discours… Les caméras cueillent le mystère, la révélation, l’inquiétude des vies privées qui vont s’étaler, là, sur un écran de télé… au vu et au su de tous !
 
QUI ? mais QUI soupçonne-t-il ? s’interroge Laurence grillant sur le feu de l’impatience et de la curiosité !
 
L’homme cagoulé se lève : grand, robuste, yeux d’un bleu d’acier, lèvres gourmandes, air hautain… Il joue de son anonymat, prolonge l’attente pour en enfler l’effet… puis, dans un silence angoissant, il pointe son index sur Armande CUBIN et dit : « VOUS ! Venez ici dans le box des accusés ! Nous vous écoutons ! »
Hardiment Armande fait face à l’homme mystère. Elle plante son regard dans le sien et d’une voix ferme précise :
« J’avais de bons motifs pour tuer cet huissier, c’est vrai ! Il était devenu mon cauchemar. Ses vêtements, c’est moi qui les ai donnés à un sans abri, pourtant ce n’est pas moi qui les lui ai enlevés… Ils étaient maculés de sang ! C’était horrible ! Ce sang dégoulinait partout sur mes bras, mes jambes, il était encore tiède. En passant par la cave, pour ne pas être vue, j’ai glissé. En me rattrapant de justesse à une poubelle je me suis coupé l’index gauche… Nos deux sangs mêlés me donnaient des frissons d’un plaisir morbide… Non ! ne confondez pas, je parle d’un plaisir sordide ! Je n’aimais pas cet huissier qui… lui n’aimait pas mes chats !
- Vous n’avez quand même pas tué un homme pour un chat ?
- Vous ne comprenez pas ! Je vivais dans une angoisse permanente... Il exerçait sur moi une pression psychologique. Je recevais des lettres anonymes mais je suis certaine qu’elles étaient de lui !
- Que disaient ces lettres ?
- Prends garde à tes greffiers Armande ! Ils miaulent sans arrêt, sautent par les fenêtres, grattent la terre des pots de géranium du concierge, font leurs griffes sur les tapis, laissent les souris courir dans les caves… Alors OU tu les tiens enfermés OU tu t’en débarrasses OU je les tue et les bouffe en civet !…. C’était lui ou mes chats Monsieur le Président !
- Qui prouve qu’il était l’auteur de telles horreurs ?
- Il était huissier, il parlait de greffiers vous voyez ce que je veux dire ! D’ailleurs, j’ai déposé plainte avec preuve à l’appui !
- Madame ! Ce matin-là, Rafletou venait vous demander de retirer votre plainte et vous l’avez tué !
- Pourquoi aurai-je retiré ma plainte ?
- Parce que la lettre anonyme faite de lettres découpées dans une B.D. venait d’un gamin de 10 ans habitant l’immeuble en face et qui avait été griffé par l’un de vos chats !
- Il lui avait tiré la queue ce sale gosse… Quant à Rafletou, il m’insultait ! Un jour, dans l’escalier, alors qu’il montait, deux des mes trésors se sont emmêlés dans ses pas, il a hurlé après eux !
- Il est tombé et vous, vous rigoliez !
- Il leur a donné des coups de pied !
- Ils l’ont mordu jusqu’au sang…
- Il m’a menacée en disant : eh ! toi, ma chatte, rentre tes matous du diable sinon je te caresserai le poil à ma manière, tu verras ça Tigresse !
- Gendarmes ! menottez cette coupable ! »
 
Ce n’est pas possible, pense Laurence ! J’ai trop de preuves ! Et puis Armande n’a pas prononcé ces mots « oui ! je l’ai tué », elle laisse planer exprès un doute, pourquoi ? Laurence coupe la parole à Tigris et d‘un ton ferme, explique :
« Armande n’a PAS PU tuer Rafletout ! »
Un silence de stupéfaction s’étale tel un voile, un long moment, sur les habitants de l’immeuble… puis Tigris, comme pour demander un appui, une caution à cet acte invraisemblable, injustifié, incroyable, se retourne vers Laurence :
« Madame Passepoil, vous m’avez aidé dans cette enquête et vous ne partagez pas ma conviction ?
- NON ! Monsieur le Commissaire ! »
Ce NON claque, explose… se cogne aux murs de la cave, sort par la porte, se répand sur la foule, bloque les caméras !
« Puis-je vous donner ma version des faits ? Je suis régulièrement à la télé : Maigret - Barnaby - NCIS - le Mentalist si bien que j’ai fait, parallèlement, MON enquête et mes conclusions sont très loin des vôtres.
Autour de Laurence, les projecteurs, les journalistes… toute sa vie passée et future est centrée en cet instant. Elle remonte son ampli-forme qui tombe un peu, réajuste sur le bout de son nez ses lunettes en écaille, passe sa langue sur ses lèvres sèches et affirme :
« Armande ne PEUT avoir tué Rafletou car l’assassin est Madame LEFORT ! j’en apporte les preuves ! »
Dans un silence que l’on pourrait couper en tranches avec un couteau (à pain) Laurence poursuit, sort ses preuves :
« J’ai trouvé sur le tapis de Madame Lefort ce morceau de toile de jute, or, à la cave j’ai ramassé le même. Je cherchais les vêtements de la victime lorsque l’épouvantail des concierges a avalé ma main dans un énorme trou… en retirant ma main, j’ai ramené une chaussette et sur cette chaussette… »
Laurence sent qu’elle tient l’attention de tous au bout de ses paroles ! Elle plisse les yeux, baisse la voix comme pour confier un secret, chuchote :
« Sur cette chaussette étaient accrochés un morceau de toile de jute, exactement le même que celui trouvé sur le tapis de Madame Lefort et… une croûte minuscule de pain !
- Du pain s’esclaffe Tigris !
- Je vous rappelle Commissaire que Rafletou a été tué avec un couteau à pain ce qui explique le morceau de croûte mais ce n’est pas tout ! sur le guéridon de Madame Lefort il y avait… une orchidée !
- Ooooooohhhhhhh ! »
 
Cependant, Laurence garde le meilleur pour la fin. Elle se tourne vers Madame Lefort, ne peut faire d’effets de manches puisque son pull est près du corps mais des effets de jambes, ça oui ! Elle semble danser autour de sa suspecte la ridiculisant, l’humiliant !
Deux « classes sociales » s’affrontent ! Elle se venge Laurence de n’habiter que les toits… elle envoie ses banderilles avec assurance, superbe, persuadée de tenir la VERITE !
« Enfin ! Commissaire, Rafletou a bien été retrouvé avec un couteau à pain enfoncé dans le cœur ?
- Oui !
- Ce couteau avait un manche de porcelaine blanche ?
- Oui !
- Eh bien j’ai VU chez Madame Lefort une pelle à gâteau toute pareille. Elle ne pouvait couper le cake avec le couteau puisqu’elle l’avait laissé dans le cœur de Rafletou !
- Est-ce exact Madame Lefort ?
- Je reconnais avoir perdu mon couteau à pain et ma pelle à gâteaux a le manche en porcelaine blanche…
- Embarquez-moi ça tout de suite glapit Tigris !
- M’sieu ! m’sieu NON, n’arrêtez pas ma Maman, elle n’a rien fait !
 
C’EST MOI QUI AI TUE RAFLETOU !! JE LE JURE !!
 
- Non mais, c’est plus pire que les Experts de Miami ici ! constate amèrement Laurence ! »
 
Et vous, qu’en pensez-vous ?
 
elaine

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