L’art contemporain se définit facilement, c’est celui que le non initié ne peut pas comprendre. Christian Brissart
Plus de citations...
Home page > Lectures > Nouvelles > elaine de liancourt > Un crime qui aurait pu être parfait / Chapitre VIII

Un crime qui aurait pu être parfait

Un crime qui aurait pu être parfait / Chapitre VIII

Friday 4 February 2011, by Blackout

RETOURNEMENT !
 
La stupéfaction passée, Tigris appelle :
« Viens ici Petit, raconte-nous…
- C’est pas de ma faute complètement ! J’ai un copain dans l’immeuble d’en face, vous savez celui qui a été griffé par un chat d’Armande… On joue souvent ensemble dans les box à vélos lui et moi. Le samedi 12, il pleuvait et on a passé la journée « en bas ». Pour 4 heures Maman avait fait une grosse tarte au chocolat - on a goûté dans les boxes assis sur des bicyclettes. Puis, à un moment donné, on a vu l’épouvantail des concierges, nez contre le mur. On a commencé par lui faire pipi dessus puis j’ai pris le couteau que j’avais descendu avec la tarte au chocolat et je l’ai frappé dans son dos, comme on voit à la télé… De la paille est tombée des trous… on rigolait bien !
Chacun notre tour, on tenait l’épouvantail et on frappait, si bien qu’il y avait un gros trou dans son dos. A un moment j’ai frappé, toujours dans le dos car son visage peint me faisait peur et le couteau a traversé le mannequin, le couteau dépassait de sa poitrine d’au moins 20 cm… lorsqu’on a entendu du bruit… quelqu’un venait. Mon copain et moi, on a eu peur que ce soit le concierge et qu’il dise tout à nos parents… alors on s’est enfui. Le mannequin est tombé dos au sol, j’ai oublié de ramasser le couteau qui dépassait toujours voilà m’sieur, c’est pas ma Maman, c’est moi !
- FAUX ! crache Monsieur Kracot dans une colère à peine maîtrisée… Je savais que le surlendemain matin Rafletou, à ma demande, allait faire un constat d’adultère. je m’apprêtais à rejoindre le parking à voitures, lorsque j’ai entendu du bruit dans le box à vélo, j’y suis allé et j’ai bien vu Jojo Passac discuter avec Rafletou… Je l’ai même entendu dire : « donc demain à 5 h 15 ici ? » Rafletou a répondu : « c’est ça ! »
- Rafletout devait m’amener la liste des objets saisis et déposés en salle des ventes dit Jojo.
- Mais MOI, j’ai bien trouvé le corps le lundi matin encore chaud et vivant ! signale Laurence.
- C’est encore moi coupe le gamin… Maman cherchait son couteau à pain partout, je suis descendu très tôt, vers 5 heures peut-être et là j’ai VU Rafletou au sol avec plein de sang autour ! je suis allé réveiller Ernest au 6ème, j’y ai tout dit ! « T’en fais pas Petit, je vais t’aider ! qui m’a répondu. »
- Et je suis allé maquiller la scène de l’accident.
- Comment ça « l’accident » ? demande Tigris !
- Eh ! oui ! le petit m’avait bien dit que l’épouvantail était tombé au sol sur le dos, le couteau le traversant et dépassant de 20 bons centimètres. Je me suis dit que Rafletout était venu s’empaler tout seul en tombant sur le mannequin. J’ai maquillé la scène en crime ! J’ai déshabillé Rafletou même que j’ai eu peur de mettre le feu… je fumais une cigarette et la paille a failli s’enflammer - j’ai vite jeté mon mégot et le petit l’a écrasé avec un malabar qu’il mâchait ! Sans lui, l’immeuble brulait. J’ai déshabillé le pauvre Rafletou en pensant : c’est moi qui te rafle tout… tes vêtements ! puis j’ai jeté ses chaussettes, j’ai gardé ses chaussures , mis ses vêtements à la poubelle…
- Où je les ai ramassés conclut Jojo l’éboueur !
- Mais comment a-t-il pu tomber sur cet épouvantail, quelqu’un l’a peut-être poussé ? demande Tigris !
- NON PERSONNE ! »
La voix sort de l’homme cagoulé.
« Tiens ! je l’avais oublié celui-là, murmure Laurence… de quoi je me mêle et qu’en sait-il ? QUI êtes-vous Monsieur ? »
L’homme à la cagoule déploie son mètre 90 en petite vitesse pour accélérer les battements cardiaques de son auditoire, lève sa main, prend le bas de la cagoule…
Une musique soudaine accompagne les gestes de l’homme cagoulé… on croirait assister à un strip-tease… son corps ondule… Il monte sur la table… chaloupe… la cagoule dégage un cou blanc… puis des cheveux blonds… les doigts tirent doucement sur la cagoule… on aperçoit un menton volontaire… un nez bourbonien, des yeux bleus comme un lac. L’homme rit de toutes ses dents :
 
« MES CHERS AMIS , JE SUIS RAFLETOU !!!! »
 
Un tonnerre d’applaudissements !!!! des éclats de rire… la joie fuse de partout… on se congratule…
L’animateur de TF 17 annonce :
« Chers Téléspectateurs, vous venez d’assister en direct au dernier acte d’un jeu de rôles organisé par l’Amicale des locataires de cet immeuble sur l’initiative de… LAURENCE !!!
Laurence jubile ! elle prend le micro
« Chers Amis il y a 5 semaines, nous nous sommes réunis, les locataires et moi, pour créer un évènement. Notre immeuble que nous aimons tous, doit être démoli et remplacé par un parking payant. D’un commun accord, mes amis locataires et moi avons décidé de protester à notre manière. La télé a suivi notre jeu de rôles au jour le jour - ainsi nous nous sommes fait connaître. Je suis une passionnée d’histoires sombres - l’organisation me fut donc confiée. Il y a 3 semaines, j’ai confié à chacun une enveloppe avec le rôle qu’il avait à tenir mais personne ne connaissait le contenu de l’enveloppe de l’autre - donc libre cours à l’imagination de chacun. Quant à notre Linette, elle fut la vedette de l’ombre ! c’est elle qui frappait à la porte de Laurence, c’est elle qui écrivait les papiers anonymes et les posait sur les bicyclettes, c’est elle qui a eu l’idée des orchidées pour mettre du sel dans notre histoire, etc. et c’est ELLE qui nous a préparé cette fête où nous convions tout le monde, spectateurs y compris. »
Les rideaux noirs, au fond du parking s’ouvrent… un buffet immense garni des produits du terroir, boissons à profusion, musique, animation, spectacle et un immense gâteau représentant l’immeuble.
Devant cette « tour » un couteau à pain au manche de porcelaine blanche.
 
Il était minuit lorsque RAFLETOU, prenant le micro de TF 17, joyeusement proposa :
« Et maintenant champagne pour tous ! ».
Il prit une bouteille de Dom Pérignon… « TOC » fit le bouchon en sautant… une mousse dorée, généreuse, coulait allègrement, lorsqu’un cri horrible, venu des box à vélos, traversa la gaîté, rompit l’ambiance, émietta la joie, éclaboussa la fête, figea les cœurs.
« Au-secours ! Au-secours ! A moi ! »
Comme un seul homme, la foule se précipita dans les box à vélos :
Au sol, gisait un homme, en slip bleu, dénudé, râlant… de son nez sortait un caillot. De la commissure de ses lèvres, un filet de sang coulait, comme à regret, jusqu’en son cou !
 
Dommage conclut l’animateur de TF 17, le crime aurait pu être parfait !
 
elaine de liancourt

© Black-out

SPIP | | Site Map | Contactez-nous | Follow-up of the site's activity RSS 2.0
Conditions générales de vente | Black-out, tous droits réservés

logo region Limousin            logo crl